Marie Amar’s work is about the formation and perception of the image. She mostly photographs objects and spaces in construction or deconstruction process. Her large format prints are exhibited in major galleries and artfairs as in private and public collections.

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Dominique Baqué, La poussière

(...) puisqu’il est dit que ce sont les femmes qui lavent, nettoient, rangent, recousent, nourrissent, préservent l’ordre du quotidien pour que l’informe des choses prenne, justement, forme. Geste banal, que l’on effectue souvent la tête ailleurs, plus haut, plus loin, comme pour dépasser l’ingratitude de ces actes aussi indispensables que dépourvus d’intérêt. Mais la suite est plus inattendue. Marie Amar, artiste plasticienne, a décidé de faire autre chose, autrement. De reconsidérer ces objets technologiques des travaux et des jours, d’en inverser le fonctionnement. Car au préalable, avant de glisser le linge à l’intérieur du tambour, elle a fabriqué un filtre rectangulaire, de format 20x25cm – soit le même format qu’elle va utiliser pour réaliser ses photographies à la chambre. À l’envers du bon sens, croit-on, l’artiste récupère ainsi la saleté comme un bien précieux. Comme une énigme, aussi. Le quotidien s’en voit transfiguré. Poussières, résidus de poudre, de calcaire, de vêtements – laine, coton ou acrylique, blanc ou couleur –, tout se mêle, se mélange, devient sédiment, couche archéologique.

Voilà : Marie Amar est une archéologue de notre quotidien, ou plus exactement, de ses restes. Restes qu’elle nous donne à explorer, à déchiffrer, comme cette science des pierres – la lithothérapie – qu’elle affectionne tant, chaque pierre étant à ses yeux pourvue d’une fonction, d’une force, d’une magie. Photographiant avec une lumière neutre sur fond blanc, c’est le blanc qui l’emporte, d’abord. Puis la gamme infinie des gris. Flocon poudreux, douce mousse, plume d’oiseau, plumetis d’étole : fragilité, précarité et beauté. Car la transmutation a bien eu lieu : la saleté est advenue en sa beauté conquise. Dès lors s’offrent à la vue étonnée les trésors cachés de l’intime. Non point, ne nous y trompons, cet intime qui fit les mauvais jours de la photographie des années 90, lorsque chacun crut bon d’exhiber, tel un mauvais journaliste du quotidien, sa petite vie, amis et amants, nourriture et corps sans pudeur, névroses à trois sous, dans une banalité stéréotypée jusqu’à la nausée et que n’attendait nulle transfiguration. C’était un égocentrisme généralisé qui débordait, insolent, obscène, des cimaises. L’intime de Marie Amar est de l’ordre de l’effraction, plus encore que de la discrétion : c’est un code, un chiffre. Il y faut une vision rapprochée, attentive, empathique. Ce sens du détail que louait si justement Daniel Arasse. Ici, une minuscule boucle de cheveux, là une pelote de laine, ailleurs une étrange forme noire, crochetée. Ces cheveux, de qui sont-ils ? Du compagnon, de l’enfant ? D’un(e) autre ? Et des vêtements, que reste-t-il ? Rien, ou presque. Le « presque-rien », dirait Jankélévitch. Le presque-rien du corps, délesté – enfin ! – des logos et des marques. Un « NO LOGO » universel, la fin proclamée de l’univers ostentatoire de la marque. Comme un apaisement. Plus de marques ni de logos : certes, tous sont dès lors indifférenciés, mais l’on pourrait aussi dire, paradoxalement, que les restes sont ceux d’une individualité, fragile mais enfin authentique, délestée de la copie conforme, du « copier-coller », de « l’être-comme-tous ». Un cheveu unique, qui a appartenu à un individu lui-même unique. Reconquête de la singularité. Épiphanie du quotidien.

Marie Amar célèbre le temps et ses restes. Un temps qui s’amenuise et, de poussière en résidu, nous rappelle les Vanités. Memento mori, tu es poussière et tu retourneras à la poussière… Dès lors, on pourrait voir dans l’entreprise photographique et philosophique de l’artiste une invitation à l’apprentissage des jours qui restent. Et cependant, la vie insiste, persiste. Car c’est du corps, par delà le temps, qu’il s’agit dans les restes du banal. Particules du corps humain. Un corps qui fait sa mue, comme le serpent qui perd ses écailles, et peut-être se retrouve à nu, dans sa vérité a-sociale. D’autant plus que Marie Amar tend à « tirer » la photographie du côté de l’image-objet, de la sculpture. Ses grands tableaux photographiques (120 X 150 cm), pris à la chambre, pourvus d’une imaginaire épaisseur tactile, semblent solliciter un regard haptisch. Un regard qui soit aussi un toucher. Une caresse. Au risque de voir se dissoudre la si fragile poussière. Par les matériaux qu’elle utilise, Marie Amar se sent proche, évidemment, de l’arte povera. Par sa rigueur méthodologique et l’alignement imperturbable de ses rectangles qui conjuguent abstraction et réalisme, dépassant ainsi leur stérile opposition, elle se rapproche de l’art minimal. D’une Aurélie Nemours, voire même d’un Donald Judd qui se serait abandonné à la douceur… Mais son travail sur la couleur évoque également les symphonies chromatiques de Rothko, ou encore les sublimes environnements lumineux de James Turell et d’Olafur Elasson, dans lesquels se dissout le corps pour mieux advenir à lui-même.

La couleur, par un jeu qui n’est pas sans rappeler Les Correspondances baudelairiennes, est ici indissociable du son, de la musique – et bien sûr, l’on songe aux expérimentations sonores de John Cage. Mais aussi, pourquoi pas, quand on regarde avec acuité et lucidité les variations de blanc et de gris dont l’œuvre est féconde, aux Variations Goldberg. Dès lors, les tableaux de poussières semblent vibrer et onduler : perception haptisch, perception musicale, rapport au temps, c’est le corps du regardeur tout entier qui est sollicité, et plus encore quand la couleur entre en scène, des premiers blancs et gris aux éclatements chromatiques les plus récents. Nuancier infini des gris, « sorte de pierres à rêves technologiques » : gris glacier, à l’extrême limite de la décomposition blanche ; gris des nuages, où, comme y invitait Léonard de Vinci, l’on peut deviner des formes fantasmagoriques ; tapisserie de gris feutré où, telles des vagues, ondulent des poussières compactes, sédimentées, comme en relief sur la planéité de l’image photographique. Puis un dégradé de verts, du vert tendre de la jeune pousse au jade exotique, en passant par le vert des prairies et des forêts européennes, qui offre un parcours imaginaire entre continents. Le rose qui, de la fleur timide, s’avance presque vers le flashy d’un maquillage séducteur. Une symphonie de jaunes qui va se concentrer, en haut de l’image, en un soleil irradiant la pâleur de la terre. Et enfin, ce « tableau » noir de rage et de désespoir – noir charbon, noir suie, noir des mines infernales –, illuminé d’un éclat jaune que vient étonnamment faire vibrer un cercle rouge sang, tel le punctum barthésien. Dans l’obscurité du non-sens, la vie l’a emporté : promesse de jouissance visuelle, tactile, existentielle. Vertige de ce « détail » rouge qui condense la démarche même de Marie Amar : « Je pense à l’envoûtement. Je pense que ces matières nous contiennent et que cela se sent […].
J’ai le sentiment du vivant ».

Paul Wombell, La poussière, 2011

The Brancolini Grimaldi gallery opening show will present new large-scale photographs by Marie Amar, depicting the discarded waste produced from the constant process of cleaning. Bits of dust, dirt, human hair, fibers of cotton and wool with synthetic materials are all mangled together to form a thin layer of the residue that can be found at the bottom of washing machines. This is the by-product of the desire to be always clean and smell fresh. Hidden in the bowls of the washing machine or swept-up by the vacuum cleaner, we would prefer that this residue of contemporary life should be out of view. These photographs invite us to a sensory experience through a physical and mental perspective. The first impact is of a snow scape scene, but upon closer inspection, the image takes on shape and dimension, allowing the viewer to interpret the materials used.

However Amar goes into the intestines of our technological cleaning systems to find this hidden waste from which she creates her beautiful images. She may be on a quest to celebrate the unconscious waste of daily life, but in the process of making waste visual, alternating between accumulation and loss, she also brings to the forefront the concept that all things dissolve. Fibers of clothes are joined together with particles of the human body as they disintegrate over time. Regardless of the fact that her works are made up of principally industrial materials, the final effect is entirely unique as Amar carefully assembles each layer of constructed residue.

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